Négliger l'étude des précédents, c'est risquer des monstruosités! | Mercredi le 18 janvier 2012 à 13:24:32 (heure de l'est)

Ou le cas des  snerls  de Franskaya

Je ne me le répéterai jamais assez:

«N'oublie pas l' étude des précédents , Franskaya.»

Je suis incorrigible, sitôt l'idée germée, je me lance dans l'intrépide aventure de l'écriture, et j'oublie mes notions de base.

L' étude des précédents  est un des aspects du travail d'écrivain — on pourrait dire du travail de tout artiste — qu'il vaut mieux ne pas négliger. Pour preuve le dépit qui fut mien en tapant le mot  snerl  dans Google.

J’écris en ce moment une fiction courte qui avait besoin d’être agrémentée de quelques monstres, question de mieux ternir le décor. J’en ai imaginé quelques-uns dont le  snerl , une créature humanoïde basée sur le récit d'un cauchemar fait par ma conjointe il y a quelques mois. L’originalité du monstre ne faisait pour moi aucun doute. Je n’avais jamais ni vu ni lu rien de tel. La dénomination s’est imposée à mon esprit de la même façon que le mot « feu » en regardant l’âtre. Ou «beau» en zieutant mon mac. Je commençais en esprit à concevoir de plus en plus précisément les différentes caractéristiques morphologiques dudit monstre quand le mot  snerl  m’est apparu, inexplicablement, mais irrésistiblement pertinent, adéquat, accrocheur. Je ne sais quelle part d’inconscient joue un rôle dans pareil processus créateur. Toujours est-il que ce substantif était parfait. Un  schtroumpf  est un schtroumpf. Un  orque , un orque.

Cinq mille mots plus tard. Je tape  snerl  dans le champ magique de recherche google. Coup dur. Le deuxième lien proposé par le moteur de recherche se lit comme suit : «Is a Snerl Human? - CicLAvia» (Un snerl est-il humain, traduction libre)

Déception. Moi qui tenais une idée superbe, un monstre humanoïde original et jamais vu (merci à ma blonde!), le fait de trouver une référence se posant la question de savoir si un  snerl  est humain m’a fait tomber des nues!

Le snerl de Mayer & Toth

Heureusement, mon monstre à moi est très différent de celui créé par l’auteur  Sheldon Mayer  et l’artiste  Alex Toth , dans le comic book publié par  DC Comics  en février 1974. En fait, les deux monstres sont si différents que leur unique similitude, c’est leur nom.

Toutefois, il y a un ‘si’.

‘Si’ j’avais tapé le mot  snerl  dans Google aussitôt qu’il m’est venu à l’esprit, je l’aurais probablement écarté... ou du moins j’aurais fait l’effort de trouver autre chose.

Oui car à présent, le nom  snerl  est si bien ancré dans mon esprit qu’il me serait très difficile de rebaptiser la créature! Un snerl est un snerl, et le vocable est devenu indissociable du concept même. Indissociable de ma créature.

Cela dit, il y a autant de types d’elfes qu’il y a d’auteurs. Chaque auteur propose en effet un univers différent, avec des règles qui varient. C’est d’ailleurs là un des charmes des littératures de l’imaginaire. Il y a quelque chose de la magie de l’enfance qui m’habite, lorsque je me plonge dans l’univers d’un auteur de talent.

Des exégètes du futur verront peut-être un hommage de ma part à Mayer & Toth. Il n’en est rien. Je n’ai jamais lu ce pulp et n’en connaissais pas l’existence.

Quoi qu’il en soit, la question de l’ étude des précédents  est complexe et va beaucoup plus loin que la simple vérification de l’utilisation antérieure d’un substantif donné. D’ailleurs la question se pose de savoir en quoi consiste au juste une bonne  étude des précédents . En effet, si un auteur de l’imaginaire veut être au fait de son domaine, développer une expertise, une connaissance approfondie du rayon de la librairie dans lequel il espère placer ses bouquins, il doit avoir tout lu! Mais le corpus de la science-fiction, de la fantaisie et du fantastique (SFFF) est si énorme que la tâche est impensable. Au mieux, un auteur qui veut se garder du temps pour écrire constitue un échantillon de livres à lire absolument. Et écarte le reste, à regret, sachant qu’il passe à côté de merveilleuses découvertes.

La question ne se pose pas de la même manière, je crois, pour les auteurs des littératures dites «réalistes». Leurs monstres portent le nom d’hommes et de femmes. Tapez ‘homme’ dans Google, rien que pour voir. Cinq-cent-vingt-trois million d'entrées.

Référence:  CICLAVIA  (07 juin 2011)

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Hommes et femmes égales dans leur langue | Dimanche le 15 janvier 2012 à 11:52:39 (heure de l'est)

http://www.sequovia.com/actualites/tag/egalite-homme-femmeJe tombe ce matin sur un article du  Monde  intitulé «Genre, le désaccord». On y fait état d’une vieille règle de grammaire qui prescrit la prédominance du masculin pour l’accord de l’adjectif. Il faut écrire : les hommes et les femmes sont libres et égaux selon cette règle qui stipule que «le masculin l’emporte [toujours] sur le féminin».

Je me souviens encore de la grimace esquissée par ma professeure de français pendant qu'elle énonçait cette règle, il y a plus de 20 ans. Je comprends aujourd’hui qu’elle aurait sans doute préféré professer la règle de proximité à la place. Elle s'énonce comme suit: «lorsque les noms sont de genres différents, l’adjectif s’accorde avec le mot le plus proche.» Ainsi on dira plutôt: les hommes et les femmes sont libres et égales. Ou encore, les femmes et les hommes sont libres et égaux.

Henriette Zoughebi, vice présidente (PCF) chargée des lycées au conseil régional d'Ile-de-France précise au journaliste du Monde qu'il faudrait enseigner cette règle à la petite école, car c’est dès le plus jeune âge que l'idée de la supériorité de l'un des sexes sur l'autre s'inscrit dans la symbolique individuelle. "Si l'on veut donner de la visibilité aux femmes dans l'espace social, il faut adopter la règle de proximité, qui est à la fois simple et souple : elle redonne de la liberté et du jeu à la langue.", dit-elle.

Je suis tout à fait d’accord, j’adopte cette règle, et que les hommes et femmes soient enfin égales!

Éditeurs et éditrices, soyez averties!

Pour en savoir plus: Journal Le Monde (14 janvier 2012)



Notes sur Malpertuis de l'écrivain Belge Jean Ray | Dimanche le 08 janvier 2012 à 14:38:45 (heure de l'est)

Malpertuis de Jean Ray chez MaraboutLe roman de 1943 du Belge Jean Ray (aux Éditions Le Cri) s’ouvre sur le testament de Cassave, qui surprend d’une part parce que le notaire est présent dans la chambre du mourant au moment de sa lecture, ce qui n’est pas commun de nos jours... on s’étonne d’autre part de la principale volonté exprimée par Cassave: chaque légataire sera obligé de vivre à Malpertuis jusqu’à la fin de ses jours s’il veut toucher sa rente mensuelle! Une rente dont le montant, faramineux, est laissé à l’imaginaire du lecteur. Bref une introduction étonnante!

Un autre élément frappe dans les premières pages du roman: l'état lamentable de la condition féminine à l'époque où l’action se déroule.

"La porte s'ouvre toute grande et ma soeur Nancy paraît.

Sa robe lui colle sur la peau et accuse des formes splendides; son corsage, fortement échancré, ne fait aucun mystère de la richesse de sa chair."

En voilà une façon de parler de sa soeur!

"(…) Va, va, ma splendeur, et si dans l'obscurité de l'escalier Mathias Krook te pince les fesses, il est inutile de crier, je ne viendrai pas.

Nancy nous tire une langue rouge et pointue comme une flamme et part en claquant la porte."

Ainsi, dès les premières lignes, on se dit, «voilà un livre qui a mal vieillit». Cette impression se trouve accrue par l'usage d'un vocabulaire rare ou difficile, qu'on imagine typique de la Belgique des années de la 2e Grande Guerre: bergot, rouvres, guivre, tarasque, barbute, muid, paillard, jabot, médianoche, sciente, floche d'argent, aragne, huile siccative, spagyrie, rudérales, iodoforme, cupules, cauteleuse, trumeau, mareyeur, pichpin, bouteille de leyde… et j’en passe; les pages sont piquées de nombre de ces mots désuets ou d’argot, inaccessibles au québécois que je suis. Ils rendent parfois la lecture malaisée, mais heureusement on s’en accommode tout de même assez bien, sans vraiment avoir à recourir au dictionnaire.

Au début la lecture est compliquée par la mise en scène rapide de nombreux personnages. Mais Jean Ray, habile conteur au sommet de son art, prend soin de bien typer chaque personnage, affublé d’un nom original et reconnaissable: Griboin, Euryale, Krook, Nancy, Jiji, Eisengott, Cassave, Dideloo, Abbé Doucedame... On finit donc par s’y retrouver assez rapidement.

En dehors de ces écueils, c'est l'écriture qu'on remarque, le style souvent fantasque, toujours inquiétant:

"Je n'ai de regards que pour leur fille, ma cousine Euryale, habillée comme une madelonnette, mais plus belle encore que Nancy, avec sa formidable chevelure rousse qui semble parcourue d'étincelles et ses yeux de jade.

Elle les tient fermés et je le regrette: on voudrait jouer avec eux comme des gemmes, les faire rouler entre ses doigts, réveiller leurs flammes vertes, les aviver de son souffle."

Malpertuis de Jean Ray chez Marabout

Tout du long, les passages évoquant la belle cousine Euryale continuent d'être remarquables:

"(…)Mais en face de nous un trumeau renvoyait nos images.

J'y vis briller deux flammes vertes, immobiles, comme d'énormes pierres de lune perdues au fond d'une eau nocturne."

Qui a dit que le fantastique et la SF étaient des genres mineurs de la littérature?

"Il est des livres dont on ne retourne plus la page lue, pontifiait-il. La vie est atteinte de torticolis sempiternels, ce qui l'empêche de regarder en arrière. Faisons comme elle, le passé appartient à la mort, qui est jalouse de son bien." (p. 45)

On se laisse vite emporter par l’atmosphère glauque, étrange et inquiétante du roman. Les descriptions sont magnifiques:

"Le premier fantôme qui s’y dressa devant moi, fut celui de toutes les vies encloses: l’ennui.Il pleuvait et ventait à longueur de journée, et à certains moments l’averse prenait des allures rageuses de déluge.

Il ne fallait pas compter sur le jardin et ses repoussants mystères pour se soustraite aux heures noires et silencieuses de la maison. Les arbres se battaient entre eux, à coups de branches mortes, le sol flagellé se soulevait en cloques et en pustules crevant en boue; pendant les courts moments de répit où les branches et les rameaux reprenaient haleine, on entendait le clapotis plein de hargne de l’étang." (p. 53-54)

"Il y faisait froid, et le vent, rasant les tuiles de la toiture, emplissait l’espace de miaulements et de soupirs." (p. 57)

"Il tremblait de tous ses membres et sa silhouette décharnée s’agitait comme un buisson sous l’orage." (p. 58)

Parlant des rires des diablotins rencontrés dans le grenier:

"Derrière la trappe, j’entendis un claquement sec de tige rompue, un appel aigu, et puis des rires.

Oh! des rires tout menus, mais tellement stridents qu’ils semblaient faits de pinces et de lames... " (p. 59)

L’évocation des Gribouins, couple de concierges de Malpertuis, est simplement sublime:

"Une fois par semaine, la Gribouin procède à un récurage complet de l’immense maison et, grâce à l’aide qu’elle met à l’ouvrage, tout y reluit et resplendit en quelques heures.

Ce serviteur habillé d’une grossière robe de bure, coiffé d’une sorte de tricorne qui semble vissé sur son énorme tête ronde, se présente sous la forme repoussante d’une barrique montée sur d’épaisses jambes en pieds de marmite; des bras d’une longueur simiesque achèvent cette grossière ébauche de corps humain. Il soulève de formidables seaux de bois remplis d’eau, manie avec une vigueur indescriptible de fantastiques balais et des torchons larges comme des couvertures.

Les objets les plus lourds paraissent glisser ou se soulever d’eux-mêmes, à son approche; malgré sa masse, il se déplace et besogne avec une incroyable vélocité. Quand il débite en menus rondins les stères de bois à brûler, son couperet danse dans l’air et les copeaux bruissent autour de lui comme les grêlons d’une giboulée." (p. 73)

Quelle écriture n’est-ce pas! Et que dire de:

"Le crépuscule glissait sur les pentes des toits assombris, le feu croulait en cendre et les miroirs s’emplissaient d’eau noire quand Alice renoua sa longue chevelure d’ébène et de jais." (p. 78)

Ou de:

"C’était par un de ces jours neutres où rien ne vient troubler l’étrange sommeil de Malpertuis, où tout ce que la maison enclôt de mystérieux et de terrible, est absent ou soumis à l’obscure loi de la trêve." (p. 82)

Parlant de la vieille mère Groulle avec son chat Lupka sur les genoux:

"Je me rendais compte que, depuis des années, la lumière s’était en grande partie dérobée à ses yeux et qu’elle vivait dans un continuel demi-sommeil qui lui rendait le repos complet inutile." (p. 87)

Rendu mélancolique par le départ de sa soeur qui s’est s’enfuie un beau jour de la maison maudite:

"Assis au bas des marches, espérant je ne sais quoi de nature à détourner ma pensée de la détresse et de l’abandon qui obscurcissaient à jamais ma vie, je tirais de ma poche la pipe de l’abbé Doucedame et demandais un peu d’oubli aux sages délices du tabac." (p. 94)

Évoquant un songe, ou plus probablement une hallucination vécue par le narrateur:

"Le jardin était rempli de monde, je reconnus de hautes silhouettes monacales coiffées de barbutes et vêtues de bure.

Elles avançaient en rangs serrés, d’un pas lourd et majestueux, brandissant des croix de bois noir vers le ciel assombri.

Lentement, elles approchaient de la maison, chantant des hymnes formidables qui agitaient les arbres comme des rafales." (p. 103)

Tellement d’images et de sensations en si peu de mots:

"Un bruit de pas résonnait dans une pièce voisine et, comme je fermais les yeux à moitié, je vis entrer une femme inconnue, rougeaude et luisante de belle santé. Elle ne resta pas longtemps, enleva une soucoupe de la table, lécha un fond de tasse poisseuse et sortit, son énorme séant encombrant un moment la porte, l’obstruant goulûment." (p. 112)

On remarque dans cette dernière citation de l’adverbe goulûment, attribué au séant de la dame plutôt qu’au léchage, façon habile de s’adresser à l’inconscient du lecteur.

Et ici, qu’elle prose admirable:

"Ces yeux étaient brillants et d’une profondeur d’eau marine, comme j’en ai vu parfois à eux qui font d’émouvants adieux à la vie." (p. 155)

"Malgré la vive opposition des conventuels, j’ai fait ensevelir le corps pétrifié du malheureux Jean-Jacques en terre bénite, mais tout de même à l’écart du lieu de sépulture de nos saints moines. Il y pousse de petites fleurs étranges qui tombent en poussière dès qu’on les touche du doigt et des plantes d’une odeur tellement repoussante qu’on ne les approche qu’au prix de nausées; je les crois apparentées aux anagyres, herbes maudites et malfaisantes." (p. 178)

Comment de telles plantes peuvent-elles pousser sur une terre ‘bénite’? Le diable serait-il plus fort que Dieu?

"Malpertuis se dressait, noir et hostile, dans toute la hargne de ses portes et fenêtres closes" (p. 185)

On remarque l’emploi, à quelques reprises dans le texte du double point.. Comme si l’auteur demandait au lecteur de faire une pause un peu plus longue, à mi-chemin entre le point et les points de suspension. Des erreurs de typo? Peut-être.

Je note que la suspension de l’incrédulité demandée au lecteur de 2011 ne peut manquer de faire parfois sourire, alors qu’on devrait trembler.

Je ne recommande pas Malpertuis à un lecteur ou une lectrice débutant(e), que cette prose risquerait de rebuter de la lecture tout court en raison des nombreuses difficultés rencontrées, qui font malheureusement sortir le lecteur de sa lecture et en rompent le charme.

Mais en somme, pour conclure, j’avoue que je suis tombé en amour avec une écriture, un style. Il me restera une impression forte de cette voix d’outre-tombe.



Chronique des synchronicités | Vendredi le 06 janvier 2012 à 22:43:56 (heure de l'est)

Je les ai oubliées, pour la plupart, ces coïncidences parfois étonnantes qui surgissent au hasard d'un livre, d'une chanson, d'un échange. Et si j'en tenais désormais le registre… vous croyez au hasard, vous?



Je lis Malpertuis ce soir, me délectant de la prose fantasque du Belge Jean Ray. Je termine la page 109 de l'édition de 1982 (par la Maison Le Cri), et je tourne sur la page 110. Quelle surprise, en ce 6 janvier 22h31, de lire la phrase suivante:

"Je me représente la scène qui, selon ce que j'ai pu comprendre, a dû se situer un 6 janvier."



Ma résolution d'écrivain néophyte du 1er janvier de l'an 2012 | Vendredi le 30 décembre 2011 à 21:18:26 (heure de l'est)

1er de l'anLe temps est ton pire ennemi, Michel. Ton pire ennemi.

Le temps est assassin.

Il te tuera Franskaya.

Toi qui cultives la nuance et le doute, une seule et unique certitude: le temps t'es compté. Ta banque de secondes s'écoule, inexorable, vers le trou noir du néant.

Ou vers un paradis, qui sait?

Le temps de le dire, tu te retrouveras avec un pieu au coeur, toi le vampire des secondes tripatives. Le temps de le dire, tu seras dans une belle tombe louée à grands frais sur le budget de la succession. Mort.

La preuve? Tu avais une résolution en 2011, partiellement achevée d'ailleurs, et il te semble à présent que le jour de la prise de cette résolution, c'était hier.

Non mais tu es dur de la feuille ou quoi, Franskaya? Le temps mord, le temps griffe, le temps tue.

La preuve? Tu as des rides, vieux.

T'as des cheveux blancs.

T'as dépassé 40 ans.

Inimaginable.

T'as 19 dans ta tête. Ouin. Mettons, 21 gros max!

Heureusement, tu n'es pas le seul! Les autres aussi ont une banque. Un décompte à rebours.

Ouf. Solitude zéro dans la trame historique du peuple des étoiles filantes.

Certains combattent le temps du mieux qu'ils le peuvent. Chirurgies, régimes aux protéines, anti-oxydants…

Toi tu prends ta p'tite multivitamine tous les jours, hein, Franskaya, ça te remet des secondes dans la banque ça, et tu ne fumes plus depuis 2002. Ça aussi, ça vaut la peine de prendre le temps de le mentionner.

Arrêté de fumer en 2002. 10 ans.

C'était hier sacrament!

Le temps est ton pire ennemi Franskaya. Tu as des armes! Défends-toi!

Court! Stresse-toi! Bois des boissons énergisantes! Accélère, avec ton vieux bazou! Vite! Plus vite! Pas le temps de dormir. Café corsé. Tweete plus vite! Adrénalise-toi! Remue-toi ces méninges!

Envoye! Brasse-toi la cage. Tu tapes du 100 mots minutes sur ton beau clavier Apple. Fais du 110 en 2012 simonac! Faut que ça produise. Faut que ça tweete. Faut que ça accélère.

On devrait le mettre en prison ce temps! C'est un tueur!

Ben oui, Franskaya. Arrêter le temps. Envoye, les menottes, pis en dedans tabarnak! Prison à vie!

Humpff. Belles lubies en ce 30 décembre, Michel.

Aye! Maman t'as toujours dit de ne pas te battre. De juste ignorer les pas fins.

Le pire c'est que ça marche. Hein! Tu sais que ça marche.

Bon ben bat-toi pas contre le temps. Ignore-le, le temps!

Ben oui, innocent!

C'est ça que tu fais tout le temps!

Il passe dans ton dos, sans que tu t'en rendes compte. Tu travaille dans un de tes textes et tu te rends compte qu'il est déjà minuit. Tu l'ignores déjà ben assez de même.

Attend. Attend.

Tu réalises que quelqu'un est en train de te lire en ce moment, Franskaya?

Quelqu'un!

Aye arrête de niaiser!

Ce quelqu'un qui te lit a une banque, aussi.

Un décompte qui s'écoule, inexorable.

Mais ce quelqu'un est en train de le passer avec toi!

C'est grave ça! C'est important! Tu as un rôle Franskaya, une responsabilité!

TU N'AS PAS LE DROIT DE GASPILLER LES SECONDES DES AUTRES.

Tu te ferais le complice d'un traître, d'un meurtrier, du pire voleur de vie qui puisse être. Du tueur ultime.

Ça y est. J'ai trouvé ma résolution pour 2012.

Ne jamais faire perdre son temps à quiconque.

Jamais.

Heureusement, on est encore en 2011, ton texte est long pas mal...

Donne des secondes tripatives, Franskaya.

Ou tais-toi.

L'enfer c'est les autres qu'il disait, l'autre, là, l'enfer en personne. Le philosophe là. Jean-Paul Tartes.

Ne soit l'enfer de personne en 2012.

C'est une exigence, un voeu pieu, une résolution, en toute sobriété. Euh, je veux dire en toute humilité… Sincérité… En tout cas.

Voila la résolution que j'ai prise en tuant le temps, ce soir. Savoure chaque seconde comme un grand cru, Franskaya. Pis gaspille pas celles des autres.

Comment? Prend ton pied, pis surtout prend ton temps pour écrire intelligemment.

Prends ton temps par les cornes.





Bonne année à la femme que j'aime, ma famille, mes amis, mes lecteurs, mes followers, et tous les autres, morts ou vifs.



Génèse d'un personnage secondaire: l'Intendant Harper | Mercredi le 28 décembre 2011 à 12:38:00 (heure de l'est)

Pour mémoire, Michel, si un jour quelqu'un te demande quelle personnalité du monde réel t'a inspiré le personnage de l'Intendant pour la nouvelle que tu est en train d'écrire ces jours-ci, souviens-toi de  Michel Dumais  (@mdumais) qui retweetait un lien vers le texte de Manon Cornellier (@mcornellier) intitulé " L'année de l'élection du Roi ".

Les Canadiens ont-ils élu un roi le 2 mai dernier? se demandait Manon Cornellier.

L'intendant de mon histoire, arrogant, imbu, autocrate, malintentionné, inhumain et autoritariste est le prototype parfait du personnage que tout lecteur ne peut que détester.

Le PITCH de ce texte de genre steampunk est, dans l'état actuel d'avancement de l'écriture du premier jet (3447 mots, v7): Une jeune flûtiste est chassée du Royaume par le méchant intendant

Et si… Et si le Roi du Canada te chassait de son Royaume, Michel?

C'est pas un Canada possible ça… heureusement… mais…

Et si c'était possible?



La ficelle de mon prochain chèque | Lundi le 19 décembre 2011 à 20:48:04 (heure de l'est)

«Je suis écrivain!»

C’est ce que je me suis dit tout-à-l’heure en tenant l’enveloppe envoyée par  Solaris .

Qu’il est excitant de courir au guichet automatique déposer son premier chèque de droits d’auteur! Je flotte, le coeur léger comme Grand-Duc, le personnage du texte qui m’a valu cette rénumération. Passer d’écrivain débutant au statut d’auteur rémunéré, c’est quand même tout un bond dans l’échelle! L’insoutenable légèreté de l’être.

«Je suis écrivain! Youppi!», me répétai-je un peu bêtement dans les tourbillons de flocons de la tempête hivernale.

De retour à la maison avec ce sourire extatique qui ne m’avait pas quitté, le coeur tempête-proof, je m’asseois devant l’écran et réalise que l’histoire - mon histoire - ne vient que de commencer.

Pour me mériter un autre chèque, il faut publier un autre texte!

Mais les derniers textes que j’ai écrit furent des désastres lamentables...

Alors je me suis souvenu de  Jean-Noël Pontbriand , professeur à un atelier d’écriture auquel j’ai eu le bonheur de m’inscrire à l’université Laval en 1994, qui disait: «Pour mieux écrire, il faut beaucoup lire». (Je le cite de mémoire).

 Dany Laferrière , récipiendaire du Médicis en 2009 pour son roman «L’énigme du retour» suggère la même chose à  Pierre Cayouette de l’Actualité : pour être écrivain, il faut lire. « Il faut lire comme un écrivain, c'est-à-dire en tentant de découvrir les petites passerelles, les petites ficelles utilisées par l'auteur. »

Ce soir, je n’écris pas.

Je vais laisser ma cervelle se refroidir un peu. Laisser la tempête de neige se calmer. Je vais laisser tous mes textes dormir. Mes ambitions s’éteindre.

Ce soir je lis.

Drood de Dan Simmons traîne sur mon bureau depuis plus longtemps qu’il ne le devrait. Ce roman est le récit passionnant des dernières années de la vie de Charles Dickens relaté par Wilkie Collins, opiomane halluciné, lui aussi auteur Britannique à succès. On verra si cette ficelle me conduira jusqu’à mon prochain chèque.

On verra.



La soumission des manuscrits en 2011 | Samedi le 17 décembre 2011 à 17:58:30 (heure de l'est)

Les écrivains, depuis l’invention de l’imprimerie, envoient leurs manuscrits par la poste aux éditeurs. C'est comme ça qu'on soumettait les romans aux maisons d'édition dans le bon vieux temps.

Bon.

Contre toute logique, de nos jours, encore et toujours, il faut que les auteurs se plient à ce mode de soumission archaïque. Imprimer avec de l’encre chère sur du papier gaspillé d'arbres sciés le manuscrit qui aurait pu, si simplement, être envoyé par courriel... Puis, il lui faut le poster, à grands frais, requérant que son pays investisse des crédits supplémentaires de gaz à effet de serre pour que la brique soit transportée par camions diésel (qui empuantissent nos campagnes et nos villes), vers l’éditeur qui, dans 90% des cas, rejettera l’offre de partenariat, renverra le tout au susdit écrivain qui assumera le coût du retour, doublant du coup le potentiel de réchauffement du climat.

Les pouvoirs publics devraient abolir ces pratiques antédiluviennes. On aurait presque envie de dire dangereuses.

J’exagère un peu. Sans doute.

Oui, car il faudra bien imprimer quelques livres afin que l’écrivain subsiste. Couper quelques arbres, livrer quelques cartons aux librairies indépendantes, bref assumer un peu plus de réchauffement climatique.

Mais bon Dieu! Maisons d’éditions! Les membres de vos comités de lecture ont déjà tous les ordis ou les liseuses électroniques qu'il faut! Obligez-les à lire à l'écran! Ce sera toujours ça de pris pour l'environnement!



Les librairies indépendantes | Lundi le 31 octobre 2011 à 20:33:18 (heure de l'est)

Jeudi dernier, je me suis procuré Drood de Dan Simmons, un de mes auteurs préférés. J'ai acheté le livre sur un coup de tête. Le livre était trop beau, le quatrième de couverture trop alléchant, sur le présentoir des Bouquinistes. Cette librairie indépendante existe depuis 1979. Elle est située sur Racine, la rue principale à Chicoutimi au Saguenay. C'est peut-être juste une impression, mais il me semble que ses rayons ont déjà été plus garnis.

J'écris ce billet sur mon iPad. Je l'écris parce que mon geste — mon achat impulsif du livre Drood — m'étonne. Je m'étais promis d'acheter mon prochain livre sur iPad. Mais voilà qu'au moment de l'achat, j'ai oublié complètement mon appareil. On expliquera le geste simplement: le réflexe d'acheter un ebook n'est pas encore ancré chez moi.

Mais qu'arrivera-t-il aux librairies indépendantes, quand non seulement les grandes chaînes comme Archambault et Wal-Mart (qui les ont déjà passablement mises à mal), mais aussi les boutiques de livres numériques en ligne auront fini de s'approprier toute leur clientèle?

Les rues Racines de ce monde n'y perdront-elles pas en charme?

Que deviendront nos libraires au chômage?

Notre culture, en s'électronifiant, se déshumanise-t-elle?

Sur le même sujet:
Amazon's Jungle Logic (Article en anglais sur la page Opinions du New York Times du 12 décembre 2011) - Amazon encourage ses clients à scanner le code à barres d'items vendus dans des librairies, et leur offre un rabais de 5$ sur leurs achats en ligne, pour chaque item, jusqu'à trois items. Difficile de trouver meilleur exemple de concurrence déloyale. [cliquer ici pour vous rendre à l'article]



Maisons d'édition et progrès technologique | Mercredi le 05 octobre 2011 à 21:29:38 (heure de l'est)

Je lisais en fin de semaine le billet d'un journaliste dans le journal le Quotidien du Saguenay, suite au Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui se tenait ici du 29 septembre au 02 octobre et son commentaire rejoint tout à fait mon expérience:

Quelle difficulté trouver un livre québécois en version électronique! La semaine dernière, je désirais me procurer le roman Les voyages thanatologiques de Yan Malter de l'auteur québécois Jean-Pierre April: non seulement est-il épuisé en version papier, mais il n'est même pas possible de le télécharger sur son iPad!

L'accessibilité à la littérature québécoise sur le web laisse clairement à désirer. Hormis les nouveautés, vendues à un prix prohibitif, le choix est encore mince. Voilà qui est incompréhensible, surtout que transcoder un livre d'un format traitement de texte vers le format epub, par exemple, en dehors d'un effort de relecture rapide pour s'assurer de la qualité de la mise en forme, n'est l'affaire que de quelques minutes!

Je ne voudrais pas avoir l'air de taper uniquement sur les éditeurs québécois. En effet, j'ai aussi essayé de télécharger L'Invention de Morel d'Adolfo Bioy Casares, mais il est introuvable lui aussi.

Je ne nomme aucune maison d'édition en particulier, et je pourrais certainement citer des centaines d'autres exemples de livres qui ne sont pas encore passés au domaine public, que je pourrais être intéressé à acheter en tant que consommateur en dépit de leur âge, mais qui sont indisponibles.

Il est bien difficile de comprendre pourquoi les éditeurs n'ont pas déjà fermement pris le virage du livre numérique. Le virage de l'avenir. S'accrocher à un ancien mode de diffusion sonne comme s'accrocher au VHS quand tous le monde écoute déjà ses films en streaming.

Je dois envoyer prochainement mon roman chez les éditeurs... il me faut l'imprimer, le relier, le mettre à la poste. Presque TOUS les éditeurs exigent cette méthode antédiluvienne de soumission de manuscrit! Y compris les maisons qui publient des contenus avant-gardistes! Il me suffirait pourtant de leur un envoyer un PDF qu'ils pourraient lire à loisir sur un iPad, ou encore un .docx qu'ils pourraient annoter à leur guise!

J'ai l'intuition que les maisons d'éditions les plus pérennes seront celles qui prennent le virage du progrès. Que celles qui s'accrochent aux anciennes méthodes disparaîtront. Qu'en pensez-vous?



La révolution Facebook | Mardi le 27 septembre 2011 à 21:27:52 (heure de l'est)

De tout temps, les grands changements de paradigme, les grandes révolutions ont soulevé des débats, généré de l'opposition dans la société qui les a vus naître. La découverte que la Terre n'était pas le centre de l'univers, ou plus près de nous, l'invention de la télévision par exemple, ou du cinéma qui l'a précédé, avaient été mal accueillis par certaines franges de la société en leur temps.

Aujourd'hui, une autre révolution est en marche. Elle s'appelle Facebook (FB). Elle aussi fait jaser, génère des inquiétudes, de l'opposition, des débats.

On vient de découvrir par exemple que FB continue d'épier l'internaute même après sa déconnection du site au moyen des cookies.

Certains pensent que FB pourrait ainsi proposer aux internautes, éventuellement, de visionner ce qu'une personnalité est en train de faire sur le web en temps réel, ou encore relayer des informations telles que ce qu'était en train faire telle ou telle personne sur la toile à un moment donné. Avec FB vous pourrez peut être, par exemple, afficher sur votre mur les pages visitées en temps réel par un tiers, votre conjoint par exemple!

Bien sûr, vous pourrez toujours empêcher cela en modifiant les paramètres de sécurité de votre compte. Si vous ne vous y perdez pas, cela va de soi.

La télévision est apparue et elle est restée. FB est sans doute la pour rester. La société de demain sera-t-elle avec ou sans vie privée? Y aura-t-il deux catégories de citoyens? Les sans vie électronique et les réseauSocialistes? Est-il moralement acceptable, qu'on laisse à une compagnie privée faisant de l'$ avec la vie privée des gens, le rôle d'être l'instigatrice et la maître d'oeuvre de pareille révolution?



Publication de Grand-Duc | Dimanche le 18 septembre 2011 à 16:39:32 (heure de l'est)

Je viens d'avoir des nouvelles de Grand-Duc. Il sera publié chez Solaris dans le numéro 181 de Janvier 2012. Je suis très fier de ce texte. Il a demandé beaucoup de travail! Je serais curieux de savoir qu'est-ce que les gens d'Hydro-Québec en penseront. Qui sait... un champ d'arbres photovoltaïques, ça pourrait peut-être leur donner des idées?!



Voyager vers le passé | Samedi le 17 septembre 2011 à 22:02:05 (heure de l'est)

Nous vivons en ce moment la période la plus exaltante de l'histoire des sciences: les scientifiques découvrent chaque jour de nouvelles exoplanètes. On en a peu conscience, mais une véritable révolution est en cours. Tout comme la découverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb en 1492 a convaincu les sceptiques que la Terre était bien ronde, les scientifiques d'aujourd'hui pourraient bien faire la démonstration que la Vie, loin d'être une anomalie, foisonne au contraire dans notre propre galaxie.

Au nombre de ces planètes extra-solaires qu'on découvre ces derniers temps, on commence à nous annoncer des planètes qui orbitent dans la zone habitable de leur astre | Voir le Monde du 13-09-2011. Ou d'autres qui ont la faveur d'ultra-romantiques couchers de Soleil double | Voir le Monde du 15-09-2011.

Si les machines à voyager dans le temps existaient, sachant ce que je sais aujourd'hui, je retournerais dans le passé, au moment de faire mon choix de programme universitaire, vers l'âge de 18 ans, et je soufflerais à l'oreille de mon moi du passé l'ordre de m'inscrire au BAC en physique, puis en maîtrise en astronomie! Sous peine de ressasser jusqu'à la fin de ma vie que je suis passé complètement à côté!



Grand-Duc | Samedi le 10 septembre 2011 à 08:00:00 (heure de l'est)

Bonne nouvelle! Retour prochain de Michel Franskaya sur la scène de la littérature québécoise avec la publication de sa nouvelle  Grand-Duc  dans le prestigieux magazine  Solaris  ! (date et numéro à déterminer)



Paul à Québec | Samedi le 10 septembre 2011 à 08:00:00 (heure de l'est)

Je termine tout juste la lecture de la bande dessinée Paul à Québec de  Michel Rabagliati  aux Éditions La Paztèque. J'ai adoré! On s'y sent chez soi! Tellement québécois... . Cette touchante histoire m'a fait replonger dans mon propre passé car Michel Rabagliatti maîtrise l'évocation. Et qui n'a pas eu un deuil à faire? On s'identifie à ce Paul, archétype du bon petit québécois de la classe moyenne. À lire, même pour ceux qui n'ont pas la fibre BD!



Structure complétée | Mardi le 06 septembre 2011 à 08:00:00 (heure de l'est)

La conception de l'ossature du site internet s'achève aujourd'hui, après plusieurs soucis de mise en forme. Quelques problèmes subsistent, notamment pour l'affichage sur un iPad ou avec des navigateurs anciens. N'hésitez pas à communiquer avec moi pour faire connaître les problèmes de navigation rencontrés. Et... bienvenue sur le site de Michel Franskaya.